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 Sujet du message : De l'autre côté Laurent LUNA
Message Publié : 30/04/2010 08:50 
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Inscription : 16/04/2010 14:02
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bonjour

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Le début



Marc Andernos, les yeux rougis de fatigue, sortit du bloc opératoire les épaules voûtées.

Treize heures passées à seconder le Docteur Jean-Paul Marzin, médecin chef responsable des urgences de l’hôpital, laissait le jeune chirurgien dans un état de fatigue extrême. Sa tension nerveuse se cristallisait sur sa nuque, bloquait ses cervicales et se répandait, par ondes douloureuses, successives et lancinantes, jusque dans ses mâchoires.

Marc connaissait bien ces symptômes. Ils étaient la représentation physique de son échec. Un échec cuisant dont il n’arrivait pas à se remettre : un jeune garçon était arrivé aux urgences dans la soirée et venait de mourir entre ses mains. Il avait vécu huit ans, et ne grandira jamais. Ses parents, sa famille et ses camarades ne le verront plus sourire de bonheur, ne l’entendront plus rire sa joie ni pleurer ses peines.

Marc s’en voulait d’avoir perdu ce combat contre la mort. Il n’aurait pas dû opérer ce garçon, il en était incapable : trop stressé par les opérations précédentes, déjà trop fatigué en entrant dans le bloc pour être réellement efficace.

- Je sais à quoi vous pensez Marc, lui dit le Docteur Marzin en posant une main réconfortante sur son épaule, mais ni vous ni personne n’aurait pu sauver ce petit. Alors ne vous mettez pas martel en tête, vous n’y êtes pour rien, il était condamné avant même d’entrer dans cet hôpital. On ne répare pas un cerveau aussi gravement endommagé.

Son supérieur avait sans doute raison, l’enfant ne pouvait survivre à un tel traumatisme. La collision entre le poids lourd et la voiture transportant le garçon avait dû être terrible. Le père du petit était mort sur le coup. Quant à la mère, opérée par le Docteur Marzin, elle souffrait de nombreuses fractures et sa boîte crânienne, bien qu’endommagée par le choc, avait protégé le cerveau. Elle vivrait.

Mais pas son enfant.

Marc adressa un triste sourire de remerciement au Docteur Marzin, puis il traversa un couloir menant aux vestiaires réservés au personnel soignant.

L’endroit était désert.

Des dizaines d’armoires grises se tenaient alignées contre les murs, lançant à travers la pièce leurs durs reflets de métal froid.

Il se laissa aller contre la sienne en poussant de profonds soupirs, repassant en accéléré le combat qu’il venait de perdre. Puis vinrent les questions qui risquaient de le hanter durant de longues années : L’enfant était-il une nouvelle victime innocente de la route, ou tout simplement une victime de sa maladresse lors de l’opération ? Ne pouvait-il pas, lui qui se considérait, malgré sa jeunesse, comme un bon chirurgien spécialiste des traumatismes crâniens, tenter de faire plus pour lui sauver la vie ? Pour ne pas avoir à y répondre, il préféra se raccrocher aux paroles du Docteur Marzin : « condamné avant même d’entrer dans cet hôpital ».

Marc appuya énergiquement sur les nœuds qui bloquaient les muscles de son cou. Mais ces maux n’étaient rien comparés à sa souffrance intérieure, rien comparés aux affres d’une souffrance sans nom que la mère du petit devra endurer jusqu’à la fin de ses jours. Bien sûr le corps de la pauvre femme se remettra de ses blessures, mais qu’en sera-t-il de son esprit ? Comment une femme peut-elle conserver toute sa raison lorsqu’elle sort indemne d’un accident qui a volé la vie de son fils et celle de son époux ?

Marc caressa du bout des doigts la photographie scotchée à l’intérieur de la porte de son casier. Une larme coula sur son visage quand il atteignit le visage de l’homme qui lui souriait pour l’éternité.

Existe-t-il un remède pour les blessures de l’âme ? Songea-t-il.

Marc ne le connaissait pas. Dans le cas contraire, il aurait commencé par appliquer ce remède sur lui-même.

Il s’essuya au revers de sa manche et sans rendre son sourire à l’homme de la photo, il prit le casque de son scooter, referma son casier et traversa les couloirs de l’hôpital sans prêter attention aux regards des femmes, soignantes, malades ou simples visiteuses, qui croisaient son chemin. Des regards souvent emplis de désir, celui de posséder un être d’une beauté si grande que même le léger voile de tristesse posé sur ses traits ne parvenait pas à altérer.

Il dévala la série de marche d’escaliers menant au parking souterrain et courut jusqu’à son scooter. L’engin l’attendait fidèlement sur son emplacement réservé et numéroté. Le treize.

Ce chiffre était-il un signe de chance ?

Pas aujourd’hui en tout cas.

Il démarra en trombe, traversa le parking chichement éclairé, et s’élança dans les rues de la ville.



En pénétrant dans son immeuble, Marc passa devant les boîtes aux lettres sans ouvrir la sienne. Il n’attendait pas de courrier. Personne ne lui écrivait, même sa boîte mail restait désespérément vide. Et si certains de ses collègues, disséminés à travers la planète, n’avaient pas rempli leurs blogs des dernières trouvailles réalisées en matière de chirurgie cérébrale, il aurait résilié son abonnement depuis longtemps.

Il fit quelques pas pour rejoindre la porte de son appartement du rez-de-chaussée, l’ouvrit et, tel un rituel depuis qu’il s’était offert son deux-roues, posa le casque de son scooter sur le buffet proche de l’entrée et suspendit son blouson de cuir à la patère de sa porte.


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Message Publié : 30/04/2010 08:51 
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Inscription : 16/04/2010 14:02
Message(s) : 41
Je viens de le finir. C'est un très bon livre.
Bonne lecture


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